« 15 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 167-168], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11507, page consultée le 24 janvier 2026.
15 décembre [1843], vendredi matin, 11 h. ¼
Bonjour mon cher petit homme chéri, bonjour mon adoré. Comment vas-tu ce matin,
comment va ton pauvre petit cœur ? J’ai rêvé de toi, mon Toto, il ne se passe guère
de
nuit sans que j’en rêve comme il n’y a pas une seconde de ma vie que je ne pense à
toi
et que je ne t’adore.
Tu avais un commencement de rhume, cette nuit. Que
devient-il ? Il faut, mon cher petit, mettre des bottes neuves parce que les tiennes
ne peuvent que te rendre de mauvais services dans ce moment-ci. Si tu veux, j’écrirai
à Dabat de t’en faire une autre paire pour
que tu ne te trouves pas pris au dépourvu dans quelque temps. J’attendrai tes ordres
pour cela.
C’est demain soir que j’aurai ma pauvre péronnelle. Je vais tâcher de
la préparer à la fameuse mystification en question et faire tout mon possible pour
que
cela ne lui fasse pas trop de chagrin. Malheureusement je n’ai pas le génie des
Rosanbo1 et autre Toto de même calibre ce qui fait
que je m’acquitterai médiocrement de cette tâche. Il est vrai que j’essaierai devant
vous pour que vous m’assistiez de vos poétiques et éblouissantes floueries qui ne
manqueront pas leur effet, je l’espère, sur cette jeune et crédule péronnelle. Nous
verrons cela demain soir.
Je vais écrire à la mère Ledon pour qu’elle me dise le prix de ses chiffons. Sans cela je ne puis
pas en donner à Claire et c’est demain la
dernière sortie qu’elle fera de cette année.
Tout cela, mon Toto, ne vaut pas la
peine d’être écrit. Il faut que ma pauvre cervelle soit bien amollie pour ne rien
trouver de plus drôle que les billevesées que je te dis tous les jours. Quant à mon
cœur il est plein de toi et il ne faut que deux mots pour te le dire : je t’aime.
Juliette
1 Louis Le Peletier de Rosanbo (1777-1856) fut Pair de France sous la Restauration. On ne comprend pas l’allusion, qui peut d’ailleurs s’appliquer à l’un de ses ancêtres.
« 15 décembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 169-170], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11507, page consultée le 24 janvier 2026.
15 décembre [1843], vendredi soir, 5 h.
Cette fois, mon cher scélérat, il n’est que trop certain que vous aviez chez vous
gaillards d’éditeurs et autre [illis.] plus Duriez les uns que les autres. C’est pour ça, et surtout pour leurs épouses que vous vous êtes ménagé une barbe fraiche ce soir et
des rouleaux les plus huppés qui soient jamais sortisa du peigne de Richi.
En attendant, je peux m’ajuster un nez de carton et voir celui qui convient le mieux
à
la circonstance. C’est agréable et peu dispendieux.
Voime, voime, mais ne vous fiez pas trop à ma
débonnaireté qui se changera en tigreries au moment où vous vous y attendrez le moins.
Je ne vois pas toute votre conduite en ROSE EN BEAU1
tant s’en faut qu’au contraire et je suis très disposée à vous en faire voir de toutes
les couleurs pour vous apprendre, mon cher Vicomte, à me faire des contes bleus à
propos de mauvaises actions de deux sous. Je ne crierai pas quand je vous mordrai
jusqu’au sang et vous verrez si ça vous fera plaisir. Taisez-vous, scélérat, vous
n’avez pas la parole, je ne vous la donne pas.
Ma lampe ne veut pas aller du tout
ce soir, ce qui ne me fait rire que tout juste car tes bougies ne m’éclairent pas
du
tout. Pour peu que vous me disiez quelque chose, j’irai me promener sur le boulevard.
Ah ! de quoi ? Si ça ne vous convient pas, j’en suis bien aise. Ça vous apprendra
à me
laisser toute seule comme un chien pendant que vous allez faire le joli académicien
chez des FAUMES.
Juliette
1 Jeu de mots avec le nom du Marquis de Rosenbo évoqué depuis quelques jours par Juliette.
a « sorties ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
